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  UN PERSONNAGE EMBLEMATIQUE DE LA PAROISSE












 






A la mort de Georges EVERLING, curé de la paroisse de Vaudreching, le 5 juillet 1763, l'abbé de Bouzonville proposa Antoine VING qui prit ses fonctions le 5 janvier 1764.

Issu d'une ancienne famille de Vaudrevange (Wallerfangen/Sarre), le jeune prêtre était né le 15 juin 1734 à Sarrelouis, où son oncle, Jean Pierre CORNELIUS avait exercé la fonction de maire en 1727. La famille VING avait aussi lié son nom à l'histoire de la ville de Boulay pendant plusieurs siècles puisque l'oncle paternel de l'abbé Antoine VING y avait fondé l'illustre branche boulageoise composée de magistrats et de médecins.

Après ses études au séminaire de Metz, Antoine VING fut ordonné prêtre le 23 décembre 1758. D'abord nommé vicaire à Sarralbe en 1759, il fut promu administrateur à Wolfskirchen le 12 janvier 1761.

A sa venue à Vaudreching, la situation était la suivante : la paroisse de Vaudreching était composée de la ville de Bouzonville et des villages de Vaudreching, AIzing, Aidiing, Heckling, Benting. Le culte pouvait se dérouler dans trois églises, à savoir dans celle de l'abbaye, dans celle de la paroisse à Vaudreching et dans la succursale à Heckling. Le chef-lieu paroissial avait été érigé à Vaudreching car ce village avait été habité par le comte Adalbert et son épouse Judith, co-fondateurs de l'abbaye de Bouzonville en 1033, qui y avaient érigé une maison forte après avoir converti leur château de Bouzonville en abbaye. Il est secondé dans sa tâche par un vicaire et un religieux. Son marguillier, chantre et régent d'école dont la nomination appartient à l'assemblée des communautés de Bouzonville et des villages composant la paroisse, lui est aussi d'une aide appréciable. Les revenus de la cure sont largement suffisants pour l'entretien de deux curés, estime le conseil de Bouzonville, puisqu'il est connu qu'ils valent bien 3.400 ou 3.600 livres.

Dès son installation, Antoine VING se trouve confronté au problème de transfert de l'église paroissiale de Vaudreching à Bouzonville. Au début, la commune lui fait entièrement confiance et le charge même de veiller à ses intérêts lors d'un voyage à Paris où il a sans doute eu l'occasion d'aller rendre visite à sa tante d'Angeville, épouse de Charles Etienne BOTOT d'Angeville qui faisait parti des comédiens ordinaires du Roi.

Malheureusement la situation se dégrade et les procès font appel aux procès, à Bouzonville, Metz, Nancy et Trêves. Antoine VING, fort de ses protections à l'évêché, cherche tous les moyens de dérouter la bourgeoisie de Bouzonville par ses prônes ou ses lettres répréhensibles. Il fait même noyauter les assemblées de bourgeois de la ville par des espions à sa solde pour être instruit de leurs délibérations : au tribunal il produit même des pièces secrètes, inconnues de Bouzonville.

Bouzonville possède aussi son maître d'école et un adjoint qui doivent être agréés par le conseil et le curé. Les jours de fêtes ou les dimanche où il y a catéchisme à la paroisse de Vaudreching, le maître d'école de Bouzonville rassemble ses écoliers, sur avertissement de la ville, leur rappelle le catéchisme et s'il fait beau et que le chemin est praticable, les accompagne au catéchisme de la paroisse. Il y reste présent pour les observer et les maintenir dans la discipline et le bon ordre partout.

Mais les parents se plaignent des rigueurs de l'hiver lorsqu'il faut envoyer les enfants à Vaudreching. Arrivés à Vaudreching, transis de froid, le curé les y laisse une heure ou deux sans s'occuper d'eux quand il est à table. Les uns gagnent des fièvres ou des refroidissements, les autres y laissent leur vie ou conservent des incommodités. Les grandes personnes même ne peuvent y tenir, à plus forte raison des enfants. Et, en effet, est-il proposable à des hommes et à des femmes d'être obligés de se rendre par des temps mauvais, les jours solennels, à la paroisse, et, y étant arrivés crottés et mouillés, d'y attendre quelques fois une demi-heure avant que le service ne soit commencé. Ou, partent-ils un peu tard, ils arrivent quand le service est à moitié (et souvent entièrement) fini. Surtout des dames faibles et délicates, qui sont trois quart d'heure pour faire le chemin.

L'influence discrète d'Antoine VING sur les adversaires du projet de transfert permettra son recul jusqu'à la Révolution. Quelques années auparavant, un impatient ne peut s'empêcher de s'exclamer :

« Le curé se récrie peut-être d'attendre sa mort. Mais quand arrivera-t-elle ? Il est jeune, fort et vigoureux, et quand il ne vivrait que dix ans, quoiqu'il est bon pour encore vivre trente, combien d'âmes mourront avant lui dans l'ignorance et dans le chemin opposé à celui du salut. »

Non content d'entrer en conflit avec la communauté de Bouzonville, Antoine VING entrera en discorde avec les moines bénédictins en troublant les cérémonies des pères, en conduisant des processions séparées où d'ailleurs il attire une nombreuse foule. Les moines lui intenteront un procès en l'assimilant à un chef de communauté régulière ; procès qu'il perdra d'ailleurs.


Sa famille le rejoindra à Vaudreching. Sous son influence, ses parents sont inhumés dans l'église. Son frère épouse Angélique HEITZ de Heckling. Leurs descendants se sont essaimes dans toute la région, à Vaudreching, Bouzonville, Creutzwald, etc..

A l'aube de la Révolution, Antoine VING se voit confier, en tant que commissaire, la tâche de participer à la rédaction du cahier de doléances du clergé du bailliage de Bouzonville.

A cette époque, des modifications interviennent. L'une concerne le revenu de la cure. Lors de la reddition des comptes de la municipalité pour 1790 (recettes 2.041 livres, dépenses 1.463 livres), le département accordait au curé un supplément de 200 livres pour les dépenses extraordinaires à cause des écarts dont la paroisse est composée. Son traitement fut ensuite fixé à 1.800 livres, précisément d'après le chiffre de la population (2.800 habitants).

D'autre part, le département, par arrêté du 20 janvier 1791, fixait provisoirement le service divin en l'abbatiale. Le même jour le district de Sarrelouis élevait Bouzonville au rang de paroisse avec comme annexe Vaudreching, AIzing, Benting, Heckling et Aidiing que desserviraient deux vicaires.

L'abbé VING et son vicaire, comme ils l'avaient annoncé au greffe le 4 février, prononcèrent le 6, la formule légale du serment constitutionnel, en y ajoutant simplement « sans préjudice ».

Le 23 avril, le district de Sarrelouis déclara la formule du serment constitutionnel du curé et de son vicaire inacceptable et la paroisse de Vaudreching vacante.

Le 1er mai, Jean Etienne ALBERT écrit :

« Les curés de nos environs de Bouzonville, pour grande partie, ont annoncé et répètent fréquemment en chaire (je l'ai ouïe plus d'une fois avec amertume) que ceux qui osaient en acheter étaient excommuniés ; ils prononcent malédiction, anathème sur les metteurs et adjudicataires, leur refusent, même à leurs femmes, l'absolution....Les curés ont recommandé aux vicaires et religieux qui les ont assisté pendant la quinzaine de Pâques de demander aux pénitents, avant de les ouïr, s'ils n'avaient point envie d'acheter des biens d'église et que sur un oui ils soient renvoyés sans plus d'explications. Cette manœuvre odieuse... est cause que, sur beaucoup de bouvrots, il n'y a pas encore de mise, que d'autres se vendent à vil prix.... Si MM les curés de Vaudreching, Freistroff, Château-Fiouge, Villing, Tromborn, Dalem.....pouvaient recevoir une correction paternelle à cause de leurs avis incendiaires en chaire, leurs remontrances dans les catéchismes, confessionnaux et dans les compagnies privées, je pense que cela ferait du bien ». Antoine VING et son vicaire n'ayant pas prêté le serment de la constitution civile du clergé purement et simplement, ils furent remplacés le 29 mai par Jean GUITTIENNE, ex-bénédictin, en résidence à Bouzonville, qui était très ouvert aux nouvelles idées et qui avait toute la confiance du district de Sarrelouis. La semaine qui précédait la Trinité, le 18 juin, GUITTIENNE officiait toute la semaine à Vaudreching et à la Trinité en l'abbatiale, puis sous l'autorité des moines bénédictins qui avaient la garde des ornements et des vases sacrés, le service religieux sera désormais célébré à Bouzonville. Jean GUITTIENNE se voit offrir des congés de quatre semaines qu'il mit à profit pour aménager à ses frais son nouveau presbytère dans l'enceinte de l'abbaye. Les municipalités de Vaudreching, AIzing et d'AidIing ont dénoncé l'abandon de l'église Vaudreching au Directoire du département. Le 25 juillet, le maire et les conseillers municipaux de Bouzonville répondent qu'AidIing et AIzing agissaient contre leurs intérêts, que Vaudreching avait tort de réclamer le culte assermenté, puisque la plupart d'entre eux désertent le culte du prêtre constitutionnel, que les dissentiments continueront tant que l'ex-curé aura la liberté de servir les dits habitants ou de leur députer des missionnaires pas conformistes, que pour ramener le calme, il faut vider et rendre le presbytère de Vaudreching et enlever les choses servant au culte, que si on leur donne un vicaire, le premier doit rester à Bouzonville. Voilà pourquoi Jean GUITTIENNE avait préféré s'éclipser pendant quelque temps.

Deux curés, l'un constitutionnel à Bouzonville, l'autre plus traditionnel à Vaudreching, servaient l'ensemble de la paroisse. VING refusa de quitter le presbytère de Vaudreching soutenu par la municipalité.

Une première difficulté surgit quand, tout en accordant à la nouvelle paroisse tous les ornements et linges de l'église abbatiale, le département refusa (18 août 1791) les vases sacrés qui devaient aller à la monnaie. Dans sa séance du 14 octobre, le conseil disait :

« Si malheureusement nous étions privés des dits vases sacrés avant la dite circonscription des paroisses, il en résulterait le plus grand désordre et des troubles les plus funestes puisque la plupart des paroissiens sont divisés entre eux au sujet du culte ; et la majeure partie de ceux de Vaudreching et des autres villages donnent aide au ci-devant curé et à son vicaire, tandis qu'ils se tiennent éloignés du curé par la Constitution ».

La municipalité proposa alors l'échange de l'ostensoir et du ciboire contre pareille somme d'argent. Cette fois, le district lui-même refusa (20 octobre), s'appuyant sur les raisons données par le département et ajoutant que Bouzonville n'était point paroisse et ne le deviendrait qu'après l'approbation par le corps législatif de la nouvelle circonscription ; il accordait cependant le reliquaire de la vraie Croix, ainsi que les deux cloches , et pour les vases sacrés, c'étaient aux municipalités dépendant de la paroisse de Vaudreching à faire l'inventaire de ceux qui se trouvaient dans cette dernière église et à les répartir selon le besoin du service entre Vaudreching et Bouzonville (21 octobre). Le département approuva (26 octobre) ces mesures, mais rejeta la concession faite par le district de l'échange du ciboire et de l'ostensoir de Vaudreching contre ceux de l'abbaye : la loi ne permettait pas le rachat de la Monnaie.

Cependant, le département permettait d'aller prendre les vases sacrés qui n'y étaient plus nécessaires, dans l'église de Vaudreching. Mais quand le commissaire du district de Sarrelouis se présenta dans cette commune, pour les départager et en transporter une partie à Bouzonville, il y rencontra une vive opposition de la part de la municipalité du lieu, de celle des annexes et surtout de la population qui, par une émeute, empêcha qu'on procédât à l'opération projetée : on ne voulait rien savoir du culte constitutionnel de Bouzonville ni par conséquent lui fournir les objets nécessaires ; du reste, les habitants avaient payé de leurs deniers ces vases sacrés et entendaient les conserver.

Afin de ne pas répondre par un refus formel, les municipalités demandèrent un délai. Le 1er novembre, le commissaire revenait, accompagné du procureur du district de Sarrelouis avec l'autorisation, en cas d'une opposition réitérée et d'un nouvel attroupement, « de requérir la force armée contre les séditieux afin que force reste à la loi ». Cette fois, il fallut céder.

Le curé VING continuait d'habiter le presbytère de Vaudreching, soutenu par la municipalité, qui ne tenait aucun compte des lettres de l'administration exigeant l'évacuation ; il détenait toujours les « titres essentiels » de la fabrique, tandis que l'ancien marguiller et régent d'école gardait entre ses mains les registres paroissiaux, dont il persistait à donner des extraits.

Le 24 décembre 1791, le district de Sarrelouis sommait la municipalité de faire vider sous huitaine la maison curiale qui serait louée au profit de la nation et d'en livrer les titres et registres paroissiaux.

Les jours suivants, VING semble être passé à l'étranger, à Heggbach dans le Wurtemberg, comme il le confirme lui-même sur un morceau de papier collé sur la première page d'un registre. Le 2 avril 1792, le conseil municipal nomme Jean Georges ADAM commissaire pour apposer les scellés et inventorier les effets consistant en habillement, linges, meubles de toutes espèces de l'émigré Antoine VING. La vente eut lieu le 8 décembre, à 9 heures du matin. Le nom de l'ecclésiastique ne sera porté sur la liste des émigrés que le 23 septembre.

Le 6 novembre 1795, l'évêque de Constance l'autorisa à confesser et absoudre des péchés réservés dans le diocèse des Français établis à Heggbach et dans les environs, ainsi que d'autres fidèles. Ces pouvoirs furent étendus le 13 janvier 1797 au chapitre rural de Laupheim.

Au début de 1799, l'abbé VING venant de Bavière entre clandestinement dans la principauté de Salzbourg, où il tente de s'établir mais les autorités locales s'en plaignent le 1er mars. Le 2 avril, il fut autorisé à se fixer à Strasswalchen près de Passau.

Après la Révolution il rentre en France par Strasbourg le 2 mars 1802 (11 ventôse An X) avec un passeport délivré par l'ambassade de France à Vienne. Il fera promesse de fidélité à la Constitution de l'an VIII entre les mains du préfet du Bas-Rhin. Le 12 mars il rentre à Vaudreching et reprend aussitôt l'exercice de ses fonctions. Agé de 67 ans il se rend ensuite à Metz, fait élection de domicile chez Nicolas MARCHAL, traiteur rue de la Vieille-Boucherie et prête serment le 26 mars 1792.

A Bouzonville, le curé Nicolas EGLOFF avait desservi |a paroisse sous le Directoire jusqu'à la signature du concordat (1797 - 1802). Il avait disparu peu après pour se retirer à Wiesviller.

D'après le procès verbal de la visite canonique faite le 5 juillet par M. Pierre CLAVé, curé de Bouzonville, lors du rétablissement du culte, le premier à administrer la paroisse fut Antoine VING. Ce fait est confirmé par un « inventaire fait par le maire de la commune de Bouzonville à l'assistance du citoyen VING, administrateur nommé de l'église de Bouzonville des ornements et objets appartenant à la dite église ». Cette pièce est datée de l'An X, sans précision de mois.

Le 28 juillet, l'abbé VING est nommé desservant de Vaudreching, tandis que François VERSCHNEIDER se voit confier la cure nouvellement créée de Bouzonville le 1er août.

,*.    •. Le sous-préfet de Thionville se trompait lorsqu'il écrivait :

« On dit que c'est un respectable vieillard. Depuis son retour, il officie dans son église et prêche l'union ».

L'heureuse existence du pasteur et son aisance excitent bientôt l'envie de certains villageois. En outre, deux individus qui vouent une haine implacable à ceux qui prêchent la morale de l'Evangile, paraissent lui avoir juré une inimitié mortelle. Des plaintes ne tardent pas à parvenir à l'évêché et à la préfecture. COUTURIER, l'adjoint au maire de Vaudreching qui était le frère de Jean-Pierre COUTURIER, lieutenant général du bailliage, fameux pour sa férocité pendant la période révolutionnaire, dresse dans ses pétitions un portrait peu flatteur de VING. Il l'accuse d'avoir prêché contre les acquéreurs de biens nationaux et de na pas tenir compte des avertissements qu'on lui adresse, parce qu'il se sent au-dessus de tout. En 1808, écrit-il :

« le desservant a mis les bancs de l'église en adjudication. Le dimanche ensuite, il entre à l'église pour dire la grand'messe. Tout le monde y était. En traversant l'église, il aperçoit dans un banc une pauvre fille d'AIzing qui n'avait pas loué sa place. Il l'apostrophe très durement et lui enjoint de sortir. Et, sans lui en donner le temps, va à elle, la prend par son mouchoir de col, le lui arrache, le lui jette au nez, la fait sortir du banc et la laisse ainsi découverte, exposée à la risée des uns et à la pitié des autres. Cette fille me porte sa plainte par écrit, que j'ai adressée avec un procès verbal à Monsieur le magistrat de Sûreté de Thionville. C'est un homme tout en Dieu, L'affaire en est restée là. Dès que le desservant a été sûr que l'affaire n'aurait pas de suite, il est monté en chaire et, comme un furibond, s'est déchaîné contre cette fille, le maire et l'adjoint de la commune. Devant la paroisse assemblée, il leur a annoncé qu'ils s'étaient trompés en croyant avoir des ordres à lui donner, qu'il était absolument indépendant d'eux et son discours a roulé sur cet axe pendant une heure et il a si bien arrangé le maire que depuis ce temps là, celui-ci ne va plus dans l'église, dans la crainte de recevoir un affront. Enfin, il a vilipendé les autorités ».

Anecdote « macabre »

Au commencement de 1809, un nommé Jean Pierre SCHMITT, originaire de Villing, marié à Villing depuis environ 10 ans avec Barbe DALSTEIN originaire d'AIzing, étant à l'article de la mort demanda par l'intermédiaire de sa femme la venue du curé VING pour lui administrer les derniers sacrements.

Voilà les faits rapportés par sa femme. VING refusa cette administration, sous prétexte qu'il ne l'avait jamais vu à l'église, que SCHMITT blasphémait publiquement contre Dieu et le Saint Sacrement, qu'il avait vomi des horreurs contre les prêtres, qu'il a quitté l'armée par deux fois, l'une pour désertion, l'autre pour conduite inconvenante qui l'a conduit à avoir la grosse vérole, ce dont il serait mort. En plus, cet homme n'aurait pas fait ses Pâques auprès de lui et depuis longtemps ne s'était pas confessé. Cette femme croyant ce refus préjudiciable au salut de son mari, insista auprès du curé. Celui-ci pour se débarrasser d'elle, lui dit qu'il ne s'y rendrait que sur l'invitation de deux personnes de la commune. Elle lui envoya deux parents que le desservant rejeta. Puis il demanda au maire de lui envoyer une lettre d'invitation ; ce que fit le maire. Malgré ces bonnes intentions, le curé refusa l'administration des sacrements et le laissa donc mourir ainsi. Cette affaire causa une grande rumeur dans la population et un grand chagrin au sein de la famille.

La version de VING est toute autre : c'est une personne de AIzing, un mineur retiré fort et robuste, pensionnaire du gouvernement, qui est venu lui demander de se rendre à AIzing pour l'administration des derniers sacrements. Il était prêt à s'y rendre mais posa une seule question :

«Mais quelle est donc sa maladie ? »

« de la grosse vérole, il en mourra infailliblement » lui répondit l'homme. L'homme ajouta de surcroît que le chemin de Vaudreching à AIzing était impraticable pour un homme de son âge car la voie était verglacée et qu'il faillit y tomber par trois fois. VING sur ces considérations refusa de s'y rendre, qu'en 50 ans de service c'était la première fois qu'il ne se rendrait pas au chevet d'un malade et qu'il ne s'était jamais trouvé dans de pareilles circonstances.

Il refusa d'enterrer le corps, mais sur insistance des larmes versées par la famille, demanda qu'on amena le corps le lendemain à l'heure où il dit la messe. Mais VING, ce jour-là, célébra la messe une heure plus tôt qu'à l'ordinaire pour ne pas avoir à dire la messe d'enterrement. Il attendit donc le cortège funèbre à la porte du cimetière et fit mettre le corps tout de suite dans la fosse sans avoir permis au corps, suivant la coutume, de pénétrer à l'église. VING raconte que le cadavre était d'une infection insoutenable et qu'il ne pouvait donc pas transporter le cadavre à l'église.

Les accusations de COUTURIER ne s'arrêtent pas là : « Cette vengeance ne lui suffisait pas ; le dimanche suivant, le desservant a prêché à ce sujet et a dit qu'il y avait encore dans ta paroisse quelques individus qui n'allaient pas à confesse, qui l'enverraient chercher au dernier moment où le diable les tiendrait déjà dans ses griffes, mais qu'il les prévenait de ne pas se donner cette peine, parce qu'il n'irait pas chez eux, et que tous ceux qui se conduisaient ainsi et qui mourraient comme Pierre SCHMITT n'étaient bons qu'être jetés à la voirie ».

L'abbé VING rappelle cependant que la femme du défunt n'a formé aucune plainte.

L'évêché nomme un commissaire pour informer. Le curé HEULLY, desservant de Boulay, hésite avant d'accepter la mission, alléguant que VING est son ancien pasteur et maître. Comme l'évêché persiste dans son choix, HEULLY se transporte à Vaudreching pour prendre des renseignements. Simultanément, l'abbé SIMON, chanoine de la cathédrale de Metz, s'adresse confidentiellement à son ancien camarade, M. MATHIEU, receveur des domaines à Bouzonville, car il espère trouver en lui un témoin impartial.

Sur leurs rapports, l'évêché met fin aux accusations. M. MATHIEU précise : « il faut encore faire attention que M. VING vient encore d'indisposer une partie de ses paroissiens contre lui : c'est qu'il vient d'obtenir un arrêté de la préfecture (16 décembre 1808) qui les oblige à lui payer une somme de 60 F par année pour loyer tandis que la commune a un presbytère, mais n'est pas logeable par le fait d'un bailliste, et la commune est en procès avec ce bailliste, procès qui n'est point encore terminé ». De l'aveu du maire, Vaudreching possédait l'une des plus belles maisons curiale du pays, avec cour, grange, écurie et un beau jardin attenant. Le desservant jouissait de tout, à l'exception de la maison curiale qu'il n'habitait pas depuis 6 ans, parce qu'il en avait une autre.

Antoine VING n'admet pas d'être relégué à la cure de Vaudreching, amputée de sa plus grande partie. Il pousse l'extravagance au point que dans les lettres qu'il écrit au curé de Bouzonville, Ferdinand FLOSSE, il met sur l'adresse, non pas « curé », mais « professeur », parce qu'il instruit quelques pauvres enfants pour le séminaire. D'autant que le dimanche, les habitants de Bouzonville qui veulent entendre un prône, se rendent à Vaudreching ou se contentent d'une messe basse à Bouzonville, raconte VING. Ils fuient le prône du sieur FLOSSE, trop long et aucunement proportionné aux circonstances du temps, des personnes et des lieux composant la paroisse. A l'Assomption dernière, M. FLOSSE avait prôné le matin pendant plus d'une heure : on n'y assistait pas. Après-midi, tous obligés d'assister à la cérémonie et procession, M. FLOSSE a encore prôné pendant plus d'une heure et demi. On a murmuré et M. le maire de Bouzonville en a fait des reproches à M. FLOSSE, qui, en conséquence, a été demander son changement, lequel il n'a pas obtenu.

De tout quoi ne serait question si en conversation et surtout en chaire, il s'appliquait à modérer et régler la volubilité de sa langue. Mais non, pendant la semaine, il s'occupe à donner des leçons alphabétiques, à nourrir et à élever des chiens, à apprendre chez lui à des jeunes filles à chanter en allemand pendant le service divin. Il a été fait prêtre à Lausanne en Suisse sans avoir fait de théologie. Entrant en France, il a été professeur de basses classes au collège de Sarralbe, je ne sais combien d'années. A peine commençant à Hilsprich à exercer le saint ministère, décède M. DUSSABLE curé de Bouzonville. Aucun autre ne voulant succéder à M. DUSSABLE, on a été comme forcé de nommer M. FLOSSE.

Lorsque Napoléon éprouve des revers, VING, qui a toujours considéré les curés nommés soit par la Constitution civile du clergé, soit par l'Empereur, comme des intrus, projette de réintégrer la cure de Bouzonville

Il annonce partout lalevée de la dîme et des biens du clergé. Il trouble ainsi les esprits des paroissiens dans un temps ou FLOSSE éprouve mille peines à les tranquilliser. Le jeune curé de Bouzonville tolère mal ce prêtre qui cherche à alarmer les consciences sur sa juridiction, tâche de renverser ce qu'il a construit pendant cinq ans et tente de s'introduire dans son église pour porter la confusion partout.

Cette fois, Antoine VING essuie quelques remontrances du vicaire général qui l'invite à se regarder comme absolument étranger à la cure de Bouzonville, comme des voisins le sont à sa succursale de Vaudreching. Il ajoute qu'il lui rend un véritable service en cherchant à )e délivrer de fausses idées qui ne pourraient que tourmenter sans aucune raison ses voisins et nuire à sa tranquillité.                             

Le 18 juillet 1823, FLOSSE ne peut s'empêcher de faire à nouveau part des soucis que lui cause l'abbé VING : « Bien loin de s'amortir avec l'âge, la fureur et l'extravagance de cet ecclésiastique augmentent de jour en jour. M. TESSIER me marque qu'il provoquera son interdit s'il n'est pas en démence. Je crois que s'il est en démence, il faudra également venir au secours de ses paroissiens. Il n'y a pas de semaine où il ne donne lieu à de nouvelles plaintes : il continue de laisser mourir les malades sans leur donner le secours des sacrements, et il s'opiniâtre à refuser un simple billet que mon vicaire demande pour être autorisé à les administrer. Il y a quinze jours, qu'on fut trois fois chez lui pour l'appeler à AIzing. Remarquez qu'il a une voiture. Il demande si le malade avait fait ses Pâques. On lui répondit que oui. Là-dessus, H doit avoir dit que cela suffisait, qu'il ne pouvait pas aller en voiture, qu'il en était trop incommodé....qu'au surplus, il ferait dimanche prochain des prières pour la moribonde. En effet, il les fit, mais la pauvre femme était déjà morte ».

Ses prônes continuent d'être des comédies où on se rend de tous les villages voisins et de Bouzonville : on parle, on rit tout haut, on fait silence comme au spectacle pour ne rien perdre de ce qu'il dit et en amuser ceux qui n'y ont pas assisté. Un dimanche, il en veut à ce MASSONET. Il commence par le nommer par son nom, l'homme présent : « Ce MASSONET, dit-il, qui a des enfants c...plus grands que ses enfants légitimes. Il fait ses Pâques, mais nese confesse pas dans son libertinage... » (Cet homme s'adresse à M. VING !.)

Une autre fois, il nommera l'ancien maire et le greffier de la justice de paix de Bouzonville, tous deux morts. Il les appellera des ivrognes, adultères, ....II dira qu'il les voit, qu'il les voit brûler en enfer, que les enfants du dernier avec lequel il a pourtant bu maintes bouteilles, ne valent pas mieux que lui.

S'agit-il des filles et des garçons au sixième commandement, on dit qu'il fait horreur, assis sur un fauteuil placé devant l'autel, le corps tout courbé, n'ayant presque plus la figure humaine, n'exaltant que des traits déplacés, et se retournant ensuite pour chanter « Credo in unum Deum ». Concevez, Monsieur, combien la religion se perd dans cette paroisse. J'ai eu l'honneur de vous en instruire au Synode, mais le mal empire, comme vous le voyez.

En trouvant le moyen de mettre M. VING en repos, l'évêché ne sera pas arrêté par les considérations qui se présentent ordinairement dans des cas semblables : il a amplement de quoi vivre, soit par environ 150 louis qu'il a placés, il y a trente ans, à fonds perdus, soit par les terres qu'il a achetées et qu'il achète habituellement. Le presbytère est vacant, il ne s'agit donc pas de faire déloger un vieillard, puisqu'il demeure dans sa propre maison. Enfin, je crois que ses paroissiens sont bien las de tout le scandale qu'il renouvelle sans cesse. Vous ferez Monsieur, ce que votre sagesse vous inspirera. Cependant, si vous jugez à propos de faire informer, ne m'en chargez pas svp. Au lieu de MASSONET, ce serait moi qui ferait le sujet de drame le dimanche suivant ».

Antoine VING resta curé de Vaudreching et d'AIzing jusqu'à sa mort survenue le 22 mai 1825 à 5 heures du matin à l'âge de 91 ans, sans avoir, d'rt-on, pu pardonner au pape de lui avoir enlevé Bouzonville, Heckling, Aidiing et Benting.

Il sera inhumé dans la chapelle, derrière l'église de Vaudreching.

                 Travaux SEIWERT J.M    SHAN